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March 10, 2022 | L'AVENIR DE LA RECHERCHE EN INVESTISSEMENT

Finance durable : Zoom sur la croissance & les défis

Elena Philipova
Director, Sustainable Finance, Data & Analytics, London Stock Exchange Group

Malgré la conjoncture maussade de la crise de santé publique, l'année dernière a marqué un tournant pour la finance durable. Alors que le secteur fait le bilan d'une année de croissance solide, la priorité est maintenant de surmonter les obstacles qui s'opposent à une plus grande réussite.

  1. En 2021, les obligations de finance durable, y compris les obligations vertes, durables et sociales, ont atteint un niveau record.
  2. Le consensus sur les données ESG est faible, si bien que la divulgation est toujours volontaire dans la plupart des pays du monde. Cette situation devrait toutefois changer en 2022.
  3. La communauté de la finance durable est confrontée à des défis pour soutenir les industries à forte intensité de carbone dans leur transition vers la réduction de leurs émissions nocives.

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Concrètement, il est urgent de résoudre les problèmes persistants liés aux données ESG ainsi qu'à l'incertitude concernant la meilleure façon de financer la transition climatique, mais aussi de parvenir à harmoniser les juridictions, dans la mesure où les investisseurs et les autres parties prenantes souhaitent des réglementations homogènes.

I. La finance durable en 2021

Cependant, avant d'examiner ces défis, il est important de faire le point sur le parcours de la finance durable en 2021 (EN). Ce constat peut être établi à partir des données suivantes :

Les émissions d'obligations de finance durable ont franchi pour la première fois la barre des 1 000 milliards de dollars américains au cours de l'année 2021, soit une augmentation de 45 % par rapport à l'année 2020, ce qui constitue un record absolu. Ces obligations de finance durable ont représenté un pourcentage record de 10 % de l'activité globale des marchés de capitaux d'emprunt en 2021, contre 6,6 % l'année précédente.

a. Volumes trimestriels d'obligations durables

Au cours de l'année 2021, les émissions d'obligations vertes ont totalisé un record absolu de 488,8 milliards de dollars, soit presque le double du montant de 2020. Les catégories d'obligations durables et sociales ont chacune atteint des records historiques au cours de l'année 2021.

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b. Obligations vertes mondiales

Selon les données de Lipper, au cours de l'année 2021, les actifs gérés dans les fonds ESG ont augmenté de 17 %, pour atteindre 7 018 milliards de dollars. En comparaison, la croissance était de 12,7 % sur le marché global des fonds. Dans l'ensemble, les flux vers les fonds ESG en 2021 ont atteint 814 milliards de dollars

Les bonnes performances des indices financiers durables sous-jacents ont soutenu cette croissance. Par exemple, la FTSE Environmental Opportunities 100, qui regroupe les plus grandes entreprises mondiales générant des revenus importants grâce à l'économie verte, a enregistré un rendement de 22,5 % l'année dernière, soit quatre points de pourcentage de plus que le FTSE Global All Cap.

L'activité de fusions et d'acquisitions à laquelle participent des entreprises durables a totalisé un record inégalé de 196,5 milliards de dollars américains sur l'ensemble de l'année 2021, soit plus de trois fois les niveaux de 2020. Près de 1 275 transactions ont été annoncées au cours de l'année 2021, ce qui représente une augmentation de 60 % par rapport à l'année précédente. En termes de nombre de transactions, la Chine représente 26 % de l'ensemble des activités de fusion et d'acquisition durables pour 2021, suivie par les États-Unis (13 %), l'Inde (7 %) et le Royaume-Uni (5 %).

c. Volumes trimestriels de fusions et acquisitions durables

Les moteurs de cette croissance sont bien connus. Le caractère urgent des défis que nous devons relever en matière de durabilité, notamment en ce qui concerne le changement climatique, est de plus en plus évident, et la pandémie n'a fait que renforcer ce constat.

Les préoccupations du public se répercutent sur les politiques et réglementations gouvernementales conçues pour aboutir à des résultats environnementaux et sociaux positifs. L'évolution des préférences des consommateurs ainsi que l'innovation technologique et des modèles commerciaux engendrent la création de marchés destinés à des biens et services plus durables.

Ces facteurs conjugués contribuent à persuader les investisseurs qu'une solide performance environnementale, sociale et de gouvernance est révélateur d'une solide performance financière.

Le marché de la finance durable va continuer à se développer, cela ne fait aucun doute. Les défis à relever détermineront la rapidité et l'efficacité de cette croissance et la vitesse à laquelle nous pourrons opérer la transition vers un modèle économique plus durable.

II. Consensus sur les données ESG

Le plus grand défi auquel est confronté le marché de la finance durable est sans doute l'absence d'accord sur les données ESG exploitables et leur disponibilité.

Le manque de normalisation et la rareté de la réglementation en matière de divulgation dans le monde signifient que la divulgation des données ESG par les entreprises est une démarche volontaire et, par conséquent, est irrégulière et incohérente. Les entreprises sélectionnent les données qu'elles souhaitent communiquer, ou ne les communiquent pas du tout.

Parvenir à un consensus sur la divulgation des facteurs ESG reste difficile. Mais la lumière commence à apparaître au bout du tunnel.

En novembre dernier, l'International Financial Reporting Standards Foundation (IFRS) a annoncé la création de l'International Sustainability Standards Board (ISSB). Ce comité a pour objectif d'élaborer des « références mondiales complètes » en matière de normes d'information sur le développement durable afin de répondre aux besoins d'information des investisseurs.

Ses premières normes, relatives à la divulgation d'informations sur le climat, devraient être publiées au second semestre 2022.

Parvenir à un consensus à partir de la multitude de normes et de cadres existants sera un défi essentiel.

Les défenseurs de la finance durable préféreraient sans doute un processus moins itératif que celui-ci. Mais si l'ISSB parvient à poser les fondations d'une information ESG cohérente et comparable pour les entreprises, il supprimera l'une des principales excuses invoquées par certains investisseurs pour ne pas s'engager dans la finance durable.

III. Financer la transition vers le zéro émission

Le second défi auquel est confrontée la communauté de la finance durable concerne son rôle dans le financement du passage à une économie mondiale sans émissions de gaz à effet de serre.

La difficulté ne réside pas dans le financement des technologies vertes de l'avenir. Identifier et investir dans la future génération de technologies sans carbone est, dans une certaine mesure, la partie la plus facile.

Le plus difficile est d'aider les entreprises à forte intensité de carbone à adapter leurs modèles économiques à un monde où les émissions de gaz à effet de serre ne représentent qu'une fraction de celles d'aujourd'hui.

À quel moment les investisseurs doivent-ils exiger des entreprises qu'elles se décarbonisent ? Comment distinguent-ils une transformation honnête, mais progressive, d'une entreprise faisant du "Green washing" et qui masque le maintien du statu quo ?

Des initiatives telles que le processus de benchmarking Climate Action 100+ permettent aux investisseurs de collaborer afin de procéder à des évaluations prévisionnelles de la stratégie climatique des entreprises.

La multiplication des rapports des entreprises, conformément aux recommandations du Groupe de travail sur les informations financières relatives au climat, contribue à apporter aux investisseurs les informations dont ils ont besoin pour prendre leurs décisions. De plus, des taxonomies qui incluent les voies de transition sont en cours d'élaboration, par exemple par le Groupe de travail de l'industrie financière verte de Singapour.

Ces initiatives contribueront à guider les investisseurs et les entreprises vers des modèles économiques à émission de carbone neutre. Mais il reste encore beaucoup à faire pour persuader les investisseurs soucieux de la durabilité qu'ils peuvent contribuer au financement de la transition vers le niveau zéro sans être accusés de faire preuve de mauvaise foi.

IV. Une meilleure harmonisation entre les juridictions

Un alignement serait utile aux investisseurs et aux participants du marché afin de régler toute une série de questions réglementaires, et surtout, des questions concernant les définitions.

Par exemple, les taxonomies visent à apporter des indications sur les investissements à caractère écologique. Mais nous constatons que des conversations relatives à de nombreuses taxonomies sont en cours de développement dans le monde entier.

Les implications pour les acteurs des marchés financiers sont très importantes, car la plupart des organisations sont de dimension mondiale et opèrent au-delà des frontières. Se conformer à de multiples « définitions » peut s'avérer onéreux, risqué et ne pas permettre d'atteindre les objectifs de transparence et de réduction du risque d'écoblanchiment sous-jacents des évolutions réglementaires.

La plupart de ces taxonomies se fondent sur les mêmes grands principes : elles sont toutes rigoureusement basées sur la science et ont adopté des classifications dynamiques qui évoluent en fonction des changements de l'économie réelle.

Ceci peut constituer un terrain d'entente essentiel pour le travail de taxonomie entre les juridictions afin de garantir l'alignement réglementaire et la poursuite de la dynamique de l'investissement durable.

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